Le Dodo

dodo daniel eskridge

Illustration par Daniel Eskridge

Lorsqu’on parle d’espèces animales disparues à cause de l’homme, l’animal le plus rapidement mentionné est immanquablement le dodo. Cet oiseau de l’île Maurice, dans l’archipel des Mascareignes (Océan Indien), a été rendu célèbre de plusieurs façons. Outre une apparition dans l’illustre conte d’Alice au Pays des Merveilles, le dodo fit aussi beaucoup parler de lui en étant l’espèce animale qui est à l’origine du concept d’extinction des espèces.

Alice au Pays des Merveilles

Type d'animal Endroit où il habitait Raison de l'extinction
Oiseau Île Maurice (Océan Indien) Chasse,
Importation de prédateurs

Histoire du dodo

Bien que connu par les Arabes depuis plusieurs siècles, l’archipel des Mascareignes, où se trouve l’île Maurice, fut repéré par les Européens en 1505. Des explorateurs portugais, menés par le Capitaine Mascaregnas, furent pris dans une tempête alors qu’ils tentaient d’atteindre le Cap de Bonne Espérance. Poussés plus au large, ils accostèrent finalement sur l’île qui se nomme aujourd’hui l’île de la Réunion. Deux ans plus tard, Diego Fernandez Pereira, un autre Portugais, atteignit l’île Maurice.

Les Portugais prirent l’habitude d’accoster aux Mascareignes lors de leurs voyages à travers l’Océan Indien, mais ils ne s’y établirent jamais. Ce sont les Hollandais qui y établirent une colonie.

Ceux-ci débarquèrent pour la première fois sur l’île en 1516. En 1598, une expédition hollandaise, menée par l’amiral Wybrand Van Warwyck, s’y établit avec des esclaves venus d’Afrique. Il est ordinairement admis que le dodo fut officiellement découvert cette année-là.

Isolées depuis longtemps dans l’histoire de la dérivation des continents, la flore et la faune de cet archipel sont singulières. Ne connaissant pas les prédateurs terrestres, le dodo avait évolué au cours des millénaires en un gros oiseau incapable de voler, et couvant son unique œuf dans un nid à même le sol.

L’animal s’avéra donc facile à tuer. Bien que sa chair n’était pas particulièrement bonne, les marins s’amusaient à lui faire la chasse et à varier leur menu par sa viande. On raconte qu’il n’était pas rare qu’un petit groupe de marins partent en expédition dans les parties boisées de l’île pour revenir au bateau avec une cinquantaine de dodos. Ce qu’ils ne mangeaient pas immédiatement, ils le salaient et le conservaient pour se nourrir au cours du voyage.

Il arrivait aussi qu’ils gardent à bord des dodos vivants. Les quelques oiseaux qui survécurent au voyage jusqu’en Europe, devinrent des spécimens de foire.

Le nom « dodo » vient probablement du nom portugais doudo, signifiant simplet, niais. Le comportement naïf de l’oiseau face à l’humain aurait inspiré ce nom.

Avec l’accostage des bateaux et surtout avec la colonisation, de nouvelles espèces animales ont peuplé l’île : rats, chats, chiens, cochons et singes. Ces nouveaux occupants ont probablement fait la chasse au dodo, et plus particulièrement à ses œufs et ses oiselets. La chasse faite par l’homme et les espèces animales importées ont eu raison du dodo qui s’est officiellement éteint en 1681.

paul roget

Illustration par Paul Roget

Découvertes scientifiques récentes

À cause de son allure et de ses particularités singulières, les scientifiques ne s’entendaient par sur la classification du dodo dans le règne animal. Avec quel autre oiseau s’apparentait-il? Seules deux autres espèces d’oiseaux étaient de toute évidence des proches parents : il s’agit du Solitaire de la Réunion (espèce éteinte en 1746) et du Solitaire de Rodriguez (espèce éteinte en 1790), vivant eux aussi dans l’archipel des Mascareignes.

Grâce à un prélèvement de tissus fait sur une des rares reliques de l’animal, l’ADN du dodo fut étudiée en 2002 par une équipe de chercheurs d’Oxford (Grande-Bretagne), dirigée par le Docteur Alan Cooper. Quoique fragmentée, l’ADN offrait assez d’informations pour permettre de situer formellement le dodo dans l’ordre des columbiformes, soit la grande famille du pigeon. Nous savons maintenant que son plus proche parent toujours vivant est le pigeon de Nicobar (Caloenas nicobarica), du Sud-Est de l’Asie.

Les informations sur l’ADN du dodo pourrait peut-être éventuellement servir à recréer l’espèce éteinte, mais la tâche serait difficile et approximative puisque les chercheurs n’ont qu’un ADN fragmenté.

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Collection de 100 Planches par Paul Gervais (1844)

Morphologie du dodo

Jusqu’à tout récemment, les connaissances que nous avions de la morphologie du dodo provenaient en grande partie des écrits et des illustrations faits par des voyageurs et des colons du XVIIème siècle. On décrivait donc l’oiseau comme étant gros et pataud, sur de courtes pattes jaunes, pesant environ 23 kilos et possédant un énorme bec à l’allure saugrenue.

En effet, il n’existe aucun spécimen empaillé de dodo. Quelques fossiles furent découverts, et le Musée de l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne conserve une patte et une tête de l’animal. Certains musées en Europe et en Amérique ont des squelettes de dodos, reconstitués à partir d’os provenant de plusieurs spécimens. Le seul squelette entier à avoir été découvert le fut en 1865 dans des marécages de l’île Maurice et est aujourd’hui exposé au Musée d’Histoire Naturelle de Port-Louis, sur l’île même.

Toutefois, des recherches récentes effectuées par Andrew Kitchener, un biologiste du Musée Royal d’Écosse, semble démontrer que les traits du dodo ont été caricaturés ou exagérés par ceux qui l’ont représenté. En effet, l’analyse de ses os a permis de créer une représentation plus réaliste de l’animal. Ainsi, l’oiseau d’un mètre de haut était moins balourd et grotesque qu’on l’avait pensé. D’une forme plus allongée, il aurait pesé aux alentours de 15 kilos.

dodo

Les écrits décrivent cet oiseau avec un plumage gris, plus pâle sur la tête, muni d’une touffe de plumes blanches en guise de queue. Ses ailes n’étaient que deux petits moignons. Même s’il ne pouvait pas voler, il serait exagéré de dire que le dodo était sans défense. En effet, la grosseur (23 centimètres) et la forme de son bec en faisant certainement un outil d’attaque à craindre.

Comportement

Contrairement à la croyance populaire, les habitats naturels de l’île Maurice sont variés et le dodo ne vivait pas sur ses rivages, mais bien dans ses forêts.

C’était un oiseau monogame. On raconte que la parade nuptiale consistait en des battements de leurs petites ailes. La femelle pondait un œuf unique dans un simple nid d’herbe, sur le sol. (D’autres écrits mentionne un nid en forme de pyramide, fait de feuilles de palmiers). L’œuf devait être couvé pendant 49 jours avant d’éclore. Les deux parents couvaient à tour de rôle et prenaient soin des oiselets.

Le dodo se nourrissait principalement de fruits et de graines. Certains journaux de marins mentionnent aussi la manie bizarre du dodo consistant à avaler des cailloux. On sait aujourd’hui que cette habitude, commune à plusieurs oiseaux, aide la digestion.

Autres extinctions sur l'île Maurice

Bien qu’étant sans objection le plus célèbre oiseau de l’île Maurice, il ne fut pas le seul à s’éteindre à cause du contact avec l’humain. En effet, des 45 espèces d’oiseaux aborigènes de l’île qui étaient présentes lorsque l’homme y est débarqué, seulement 21 d’entre elles existent toujours aujourd’hui.

Une hypothèse très contestée dans le milieu scientifique voudrait que le calvaria (Sideroxylon grandiflorum), un arbre de l’île Maurice, aurait eu de la difficulté à se reproduire après l’extinction du dodo. Ses fruits étaient mangés par les dodos et les graines de ces fruits auraient eu besoin de passer par le système digestif de l’oiseau afin de briser leur épaisse coquille et de pouvoir germer.

Si cette hypothèse s’avère exacte, elle serait un spectaculaire exemple du déséquilibre d’un milieu naturel causé par l’extinction d’une espèce.

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