Ramener des espèces animales éteintes à la vie: on y est presque!

mammouth

Selon un recensement datant de 1993, 588 espèces animales seraient disparues du fait de l’homme… et si nous pouvions en ressusciter quelques-unes?

Pendant longtemps la désextinction était un sujet de science fiction, abordé dans des films comme Jurassic Park, et voir ce phénomène de notre vivant semblait impossible. Mais aujourd’hui, de nouvelles avancées en ingénierie génétique laisse entrevoir des possibilités. Nous pourrions être à la veille de voir revivre certaines espèces éteintes. 

Méthodes

Pour l’instant, trois méthodes sont étudiées par les scientifiques:

Clonage

Le clonage est souvent mentionné comme méthode de choix pour faire revivre des espèces animales éteintes. Il s’agit d’extraire le noyau d’une cellule bien préservée et de l’implanter dans l’ovocyte d’une espèce parente. Une mère porteuse sera aussi choisie chez une espèce proche.

Cette méthode n’en est qu’à ses débuts pour des espèces animales qui ne sont pas éteintes (une brebis a été clonée avec succès en 1996), et rencontre plusieurs problèmes, comme un faible taux de réussite et un vieillissement précoce. Cela risque d’être encore plus difficile avec des espèces éteintes, vu le manque de qualité des cellules trouvées. 

On peut dire qu’un premier clonage d’une espèce disparue a été réalisé. Le bouquetin des Pyrénées est une espèce qui s’est éteinte en 2000. Toutefois, en 1999, la dernière femelle encore en vie fut capturée et du tissu fut prélevé sur elle. Un clone de ce bouquetin fut produit à partir de l’ovocyte d’une chèvre. La mère porteuse était une hybride entre un bouquetin d’Espagne et une chèvre. L’animal est né en juillet 2003 et a vécu quelques minutes, avant de mourir d’un problème pulmonaire. L’espèce est donc éteinte à nouveau.

bouquetin des pyrénées

Bouquetin des Pyrénées, première espèce éteinte à être clonée

Élevage sélectif

Cette méthode consiste à identifier spécifiquement les mâles et les femelles d’une espèce proche de l’espèce éteinte, qui seront choisis pour la reproduction. Le but est de faire ressortir les traits et les caractéristiques de l’espèce que l’on veut retrouver. 

Cette méthode permet d’avoir des individus qui ressemblent à une espèce éteinte, mais le génome en est différent. 

Édition du génome

Avec les progrès récents en séquençage et en assemblage du génome, il se pourrait que les scientifiques puissent bientôt être capables d’insérer des gènes d’espèces éteintes dans les génomes de leurs plus proches parents. Les cellules germinales peuvent être modifiées directement, afin que les ovules et les spermatozoïdes produits par l’espèce parente créent un petit de l’espèce éteinte.

Puisqu’il est possible de séquencer et d’assembler le génome d’animaux éteints à partir de tissus dégradés, cette technique permet aux scientifiques de poursuivre la désextinction parmi un large éventail d’espèces, y compris celles pour lesquelles il n’existe pas de tissus bien préservés. Toutefois, un tissu vieux et dégradé dont l’ADN est fortement fragmenté rend la tâche difficile.

De plus, il doit exister un proche parent encore vivant dans lequel seront insérées les cellules modifiées.

Controverses

Des chercheurs ont publié leurs préoccupations éthiques concernant la désextinction. Dans Conservation Biology, Robert Sandler affirme que la réintroduction d’espèces éteintes dans l’environnement peut être nocive pour les espèces modernes, en tant qu’espèce envahissante. 

Un animal ne vient jamais seul. Il vit dans un environnement précis, et il est parfois lié à des parasites, mais aussi à des espèces mutualistes. La présence ou l’absence de l’environnement et des autres espèces peut influencer le succès de la désextinction.

Le dauphin de Chine, par exemple, s’est éteint en 2006 à cause de la pollution de son environnement. Si on ramenait une telle espèce à la vie, où vivrait-elle? Il n’existe plus aucun environnement sauvage pour ce dauphin qui ne soit pollué à l’extrême.

Aussi, il est important de savoir qu’un espèce ressuscitée, même si elle est génétiquement identique à ce qu’elle avait été avant l’extinction, n’aura pas le même comportement. Les parents qui vont élever les premiers clones de l’espèce seront d’une espèce parente, et vont influencer leur comportement. 

Il pourrait également y avoir un impact négatif direct sur certaines espèces en danger. Un proche parent de l’espèce éteinte doit être utilisé dans le processus de désextinction. Par exemple, pour faire revivre le mammouth laineux, les scientifiques comptent utiliser des éléphants d’Asie femelles comme mères porteuses. Mais comme cet éléphant est lui aussi en danger, est-il vraiment sage d’utiliser les femelles de l’espèce qui sont encore en vie, pour ce projet de faire revivre le mammouth?

Finalement, les efforts et les ressources (des millions de dollars) mis à la tentative de résurrection d’espèces éteintes seraient probablement mieux utilisées si elles étaient mises au service de la conservation d’espèces en danger.

Espèces sur lesquelles les scientifiques travaillent

mammouth laineux
Mammouth laineux

Des équipes de scientifiques travaillent à faire revivre ce mammouth, soit par clonage, ou par édition du génome. Un problème de taille existe toutefois, puisque cet animal s'est éteint à cause de son habitat qui avait changé (fin de la période glaciaire). C'est pourquoi des scientifiques russes veulent créer un "parc pléistocène" fait de steppes subarctiques, où pourraient être introduits des mammouths.

thylacine
Thylacine

Ce marsupial a autrefois habité en Tasmanie. Il fut chassé jusqu'à son extinction, en 1936. En décembre 2017, le séquençage du génome du thylacine était terminé. Mais il reste plusieurs étapes à compléter avant de produire un clone.
Article sur le thylacine

tourte
Tourte

Une des difficultés auxquelles font face les scientifique pour la désextinction de la tourte, c'est qu'il s'agit d'un oiseau, et que l'embryon doit grandir dans un oeuf. Pour cette raison, seule l'édition du génome semble une solution satisfaisante.
Article sur la tourte

tarpan
Tarpan

Cette espèce de chevaux sauvages s'est éteinte en 1909. Plusieurs tentatives sont faites pour faire revivre l'espèce par élevage sélectif.

couagga
Zèbre couagga

Originaire d'Afrique du Sud, cette variété de zèbre a été chassée jusqu'à son extinction, en 1883. Le Projet Quagga vise à recréer cet animal par élevage sélectif de zèbres de Burchell dont ils sont des proches parents.

auroch
Auroch

Ce magnifique animal a vécu en Europe pendant des siècles, et figure parmi les dessins préhistoriques des grottes de Lascaux et de Chauvet. L'espèce s'est éteinte en 1627. Le Programme Tauros vise à recréer l'espèce par élevage sélectif.

grenouille à incubation gastrique
Grenouille à incubation gastrique

En 2013, une équipe de scientifiques australiens ont réussi à créer un embryon de cette espèce de grenouille, et ils continuent les recherches, espérant créer un autre individu qui survivra au-delà du stade de tétard.

bouquetin des pyrénées
Bouquetin des Pyrénées

Cette espèce s'est éteinte en 2000. En 2003, un premier clone de ce bouquetin fut produit, mais n'a vécu que 7 minutes. Les scientifiques affirment vouloir refaire l'expérience.

lion des cavernes
Lion des cavernes

Après avoir trouvé deux corps de lionceaux bien préservés, des scientifiques russes espèrent extraire l'ADN de cet animal, et pouvoir éventuellement le cloner.

tortue des galapagos
Tortue géante des Galapagos (Espèce de Floreana)

En 2008, il fut découvert qu'une population de tortue vivant sur Isabela, avait des gênes de la tortue de Floreana, probablement à cause d'une hybridation. Des scientifiques espèrent donc pouvoir faire revivre l'espèce par élevage sélectif. Ce sera un long, très long processus toutefois, ces tortues atteignant la maturité sexuelle à 25 ans...

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